Gilets Jaunes: la violence a fait son retour dans les rues de la capitale

Saccages, pillages, incendies volontaires et forces de l’ordre prises pour cibles… retour sur une journée de tensions.

Le défilé parisien a été émaillé de violences : scènes de chaos, boutiques pillées et incendiées, barricades en feu. Plus de 200 personnes ont été interpellées.

Cet “acte XVIII” est qualifié de crucial et présenté comme un “ultimatum” lancé à Emmanuel Macron, au moment où prend fin le Grand Débat national. Les manifestants étaient appelés à converger vers la capitale. Et Paris a été le théâtre de scènes très violentes.

Selon le ministère de l’Intérieur, 32.300 Gilets Jaunes ont défilé dans les rues de France ce samedi. Ce sont 3.700 manifestants de plus que la semaine dernière.

144 personnes ont été placées en garde à vue dans la capitale selon le parquet de Paris. La Préfecture de police comptabilise 237 interpellations après les violences qui ont émaillé la manifestation des Gilets Jaunes ce samedi. Les autorités dénombrent également une soixantaine de blessés : 17 forces de l’ordre, un pompier et 42 manifestants.

Les premiers heurts ont éclaté dans la matinée à Paris, sur les Champs-Elysées. De nombreux magasins ont été pillés et incendiés, des restaurants, comme le célèbre Fouquet’s, ont également été pris pour cible. Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau face à plusieurs centaines de Gilets Jaunes. Plusieurs cortèges se sont également retrouvés au niveau de la place de l’Etoile “avec une prise à partie des forces de l’ordre”.

Maddy Scheurer a déclaré que “les individus qui sont en train de faire dégénérer la manifestation des Gilets jaunes ne sont manifestement pas des “Gilets Jaunes”, ce sont plutôt des ultra venus pour d’autres raisons”.

La Préfecture de police parlait ce samedi de “plusieurs rassemblements et cortèges non déclarés”. Elle a expliqué être confrontée “à des individus déterminés, des casseurs qui commettent des violences et s’en prennent au mobilier urbain”. Environ 5.000 membres des forces de l’ordre et six blindés de la gendarmerie étaient déployés dans la capitale.

Pendant plusieurs heures, les casseurs s’en sont pris systématiquement aux magasins bordant l’avenue parisienne. Les marques d’habillement Lacoste et Hugo Boss, les bijouteries de luxe Bulgari et Swarovski, l’enseigne de maroquinerie Longchamp, le magasin de chaussures Foot Locker, la boutique Disney, celle du PSG, un magasin de téléphonie, un chocolatier belge, un magasin d’optique… Rien n’a été épargné. Les casseurs sont souvent parvenus à entrer dans ces boutiques, les pillant pour certaines, les saccageant pour la plupart.

La célèbre brasserie Le Fouquet’s, fréquentée par de nombreuses personnalités et “symbole du capitalisme” pour les manifestants, a été entièrement vandalisée à la mi-journée. Deux heures plus tard, le restaurant était à nouveau ciblé, et la toile de son auvent incendiée. Plusieurs kiosques à journaux ont également été totalement brûlés.

En début d’après-midi, une banque située avenue Franklin Roosevelt, près des Champs-Élysées, à son tour a été la cible d’engins incendiaires. Mais le feu s’est propagé aux étages de l’immeuble. Une femme et son bébé étaient coincés au deuxième étage”, ont indiqué les pompiers, qui sont parvenus à les évacuer.

Les forces de l’ordre qui protégeaient les Champs-Élysées ont essuyé pendant plusieurs heures une pluie de projectiles, pavés, pierres, matériel urbain. Ils ont réagi en noyant l’avenue dans des nuages de gaz lacrymogène, et ont tenté de faire reculer les casseurs au moyen de canons à eau et de tirs de balles de défense (LBD).

Quatre mois après le début du mouvement et au moment où s’achève le grand débat national, cette journée était présentée comme un «ultimatum» au président Macron, qui a annoncé dans la soirée écourter son séjour dans les Pyrénées où il était parti se «ressourcer» après sa tournée en Afrique. Il s’est rendu vers 22H30 à la cellule de crise au ministère de l’Intérieur à Beauvau.

Après être venu une première fois sur les Champs-Élysées en milieu d’après-midi avec le Premier ministre, Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, s’est rendu près de l’Arc de Triomphe peu avant 20 heures. Comme il l’avait fait plus tôt avec Édouard Philippe, il a salué les forces de l’ordre et les pompiers et les a remerciés. Un groupe de plusieurs manifestants s’est alors approché en le huant. “Ce n’est pas parce que quelques dizaines d’assassins viennent nous menacer que nous partirons”, a-t-il rétorqué. Un terme également employé par Édouard Philippe, qui a promis une “totale fermeté” face aux casseurs.

Voilà ce qu’ont reçu tout au long de la journée nos policiers et nos gendarmes.
Ce soir, je suis venu leur redire ma confiance et mon indéfectible soutien, au pied de l’Arc de Triomphe, qu’ils ont courageusement défendu face à un déchaînement de violence, de haine, de bêtise. pic.twitter.com/Jk5N9BNrSP

— Christophe Castaner (@CCastaner) 16 mars 2019

La maire PS de Paris Anne Hidalgo a condamné «avec la plus grande fermeté» ces «insupportables exactions», tandis que François-Xavier Bellamy, tête de liste des Républicains aux Européennes, appelait à «mettre fin à l’impuissance de l’Etat».

Marine Le Pen a condamné «les Black Blocs» qui «détruisent, brûlent, violentent toujours en toute impunité». Espérant un «regain de mobilisation», cette journée d’action avait été annoncée comme cruciale après plusieurs semaines en demi-teinte.

Parallèlement plusieurs dizaines de milliers de manifestants pour le climat ont défilé dans le calme à travers la France à l’appel de la «Marche du siècle». A Paris le député insoumis de la Somme François Ruffin a plaidé pour une «jonction» entre «gilets jaunes» et défenseurs de l’environnement.