Max Rovira : « La couleur, c’est un plus dans un tableau »

Son nom ne parle pas encore au public, mais cela ne serait tarder tant le talent de son coup de pinceau ne peut laisser indifférent. Les œuvres de Max Rovira font preuve de grande maturité. Entre explosion de notes pigmentées, traits soulignés et touche créative, ses toiles, inspirées des statues de l’ile de Pâques, sont un mélange à la frontière de la bande dessinée, du monde irréel et du street art. Échange avec un artiste peintre catalan de 66 ans, installé à Port-Vendres, qui a fait de la couleur la narratrice de ses évasions imaginaires , le miroir des événements qu’il immortalise sur la toile comme un devoir de mémoire.

 

Impact European : Depuis quand peignez-vous ?

Max Rovira : Depuis tout petit, mais on va dire réellement depuis 30 ans.

IE : Et en tant que professionnel ?

MR : Depuis 15 ans.

IE : Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir peintre ?

MV : Dans la maison de mes grands-parents, il y avait accroché au mur de ma chambre, un tableau représentant un trois-mâts navigant en pleine tempête. J’étais âgé de quatre ans. Je le regardais tout le temps. Il me subjuguait, alors j’ai essayé de le refaire. J’ai toujours aimé dessiner. À l’école déjà, je prenais des crayons de couleur et faisais des paysages, reproduisais des dessins animés, notamment avec Mickey dont c’était la grande mode.

IE : Avez-vous fait les Beaux-Arts ou une autre école ?

MR : Non et je le regrette. Cela m’aurait bien plu. Aujourd’hui il est trop tard. Je ne pourrais pas être attentif et n’arriverais pas à écouter un professeur.

IE : Qu’est-ce que peindre apporte à l’autodidacte que vous êtes ?

MR : Peindre est avant tout une passion. C’est comme une drogue, j’en ai besoin. Après, cela représente la tranquillité, l’évasion, la création. Quand je peins, je suis dans mon monde. Je m’isole de tout et me régale.

IE : Peignez-vous tous les jours ?

MR : Pratiquement. Si je ne peins pas pendant trois ou quatre jours, je commence à ne pas être bien. De plus, en étant pro, il faut produire pour vendre.

IE : Quels sont vos modèles ?

MR : Sans avoir véritablement de modèles, Picasso est l’un de mes préférés pour ses formes. Dali me plait beaucoup.  J’aime son travail et sa puissance, mais moins sa peinture. Quant à Botero, je l’adore. « Vélocyclède », un tableau de 2m sur 2, représentant une femme avec des cuisses imposantes, fait justement penser à lui.

IE : Où puisez-vous votre inspiration ?

MR : Je ne sais pas. Elle vient toute seule et d’un coup comme ça, à l’instinct. Quand je suis devant la toile blanche, je ne sais jamais ce que je vais faire. Je n’y pense qu’au moment de la tendre, car les grandes toiles ne se trouvant pas dans le commerce, il faut les monter soit même. Je prépare mes couleurs. Je commence par faire une esquisse rapide, puis c’est parti. Le trait guide le trait.

IE : Mais il y a bien une idée de départ ?

MR : Elle peut être inspirée du cirque, de la fête ou de la musique. Beaucoup de mes tableaux représentent des gens en train de jouer de la guitare.

IE : Un clin d’œil à vos origines catalanes ?

MR : Oui. À mes débuts, je faisais beaucoup de flamenca, de gitans, de scènes espagnoles.

IE : Que représente la couleur ?

MR : On ne peut pas se passer de couleur. Ça représente la joie, la gaieté. Le rouge, c’est la puissance. Le jaune, c’est la communication, le soleil, la chaleur. Le bleu, le froid… La couleur, c’est un plus dans un tableau. Mes toiles sont pétantes et dégagent énormément de positivité. Elles sont solaires.

IE : Pourtant, il vous est arrivé de peindre tout en gris ou tout en noir …

MR : C’est exact. À mes débuts, je peignais très triste. Ça correspondait à ce que je vivais. Maintenant, je suis bien dans ma tête et dans ma peau. Je suis pratiquement heureux et ça se ressent dans ma peinture.

IE : Comment donnez-vous place à la couleur ?

MR : C’est une question de construction. C’est comme un jeu, mais il faut faire attention, car le tableau peut vite être gâché, si on ne fait pas attention.

IE : Est-ce pour cela que vous accentuez vos traits noirs ?

MR : J’appelle cela le « contourisme ». C’est ma façon de peindre. Lorsque toutes mes couleurs sont posées sur le tableau et qu’il est presque fini, sujets compris, j’applique le noir et le coupe avec toutes les couleurs placées. Le rendu fait comme une mosaïque, alors que ce n’est que de la peinture.

IE : Comment définissez-vous votre style ?

MR : C’est un mélange d’abstrait maîtrisé et de Pop Art par le découpage des couleurs. J’utilise la bombe, mets des couleurs puissantes, laque par-dessus pour créer du vif. C’est du Pop Art à la Rovira.

IE : Pourquoi le choix du grand format ?

PR : Le grand format, c’est une façon de peindre. Je m’éclate avec. Une scène de vie sur un petit tableau n’aura pas le même rendu, ni le même impact sur 1,50m x1.50m. Plus les personnages sont grands, plus on les fait bien.

IE : Combien de temps vous faut-il pour peindre une toile de cette envergure ?

MR : Je vais très vite. Je mets environ trois fois huit heures. Pour y arriver, il faut savoir le faire.  En même temps, j’ai trente ans de peinture.

IE : Êtes-vous spectateurs de vos toiles ?

MR : Complétement. Je ne fais que de les regarder en les créant.

IE : En peinture, qu’est-ce qui est le plus difficile à réaliser ?

MR : Faire les portraits. Il faut que le tableau soit percutant. Quand on passe devant, on doit s’arrêter et le personnage doit vous regarder et vous suivre des yeux. Après, c’est l’ambiance. Il faut la créer et la faire vivre. Si c’est une scène de musique, il faut que l’on entende la musique derrière et que l’on voit les gens rire.

IE : Quelles sont les limites ?

MR : Je ne m’en connais pas pour le moment.

IE : Savez-vous combien de toiles vous avez peint ?

MR : Très certainement plusieurs centaines.

IE : Avez-vous eu des commandes particulières ?

MR : Des portraits de stars. Gainsbourg, Jimmy Hendrix, Ray Charles…Certes, cela n’a rien à voir avec ma peinture, mais comme j’y incorpore mon style, ça devient du Rovira.

IE : Et côté matière, vous peignez toujours sur toile ?

MR : Pour « Love street », qui fait 1.50m x 1.20m, j’ai mis derrière de la brique. J’ai peint aussi sur des parquets stratifiés que j’ai assemblés les uns aux autres en ajoutant des planches. Après, je laque le tout. Le rendu est très beau.

IE : Participez-vous à des expositions comme la FIAC au Grand Palais ?

MR : Bien sûr. Cette année, je vais tous tous les salons d’art contemporain de Art3F. Sinon, je suis exposé dans un certain nombre de galeries en France.

IE : Quels sont projets ?

MR : De peindre et de toujours peindre, d’exposer et de toujours exposer, de vendre et de toujours vendre

IE : Vous êtes père de deux filles. Ont-elles hérité de votre ADN pour la peinture ?

Oui. L’une tient ma galerie. L’autre peint sous le pseudonyme Pitu.

IE : Que peut-on vous souhaiter ?

MR : Un avenir plein de couleurs et de réussite et de devenir le nouveau Robert Combas.

Max Rovira – www.maxrovira.com – Galerie : 14, rue de la Fraternité 66190 Collioure – Atelier : 10, rue Jules Ferry 66660 Port Vendres

Visuels : (c)DR/Max Rovira

               

 

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