Plus de 170 rassemblements, des fonctionnaires en grève, un imposant cortège de pompiers dans Paris, des enseignants mobilisés et, parallèlement, des lycéens devant leurs établissements : mardi 29 septembre 2026, plusieurs contestations ont occupé la rue. Partie du pouvoir d’achat et du gel du point d’indice, la mobilisation de la fonction publique a surtout fait apparaître une inquiétude commune à des métiers très différents : disposer des effectifs, des rémunérations et des moyens nécessaires pour continuer à assurer leurs missions.
Une journée nationale entre salaires et services publics
Mardi matin, les revendications ne sont pas identiques partout en France, mais un même vocabulaire revient dans les cortèges : salaires, effectifs, conditions de travail et moyens.
CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP ont appelé à la mobilisation après l’annonce d’un nouveau gel du point d’indice.
Plus de 170 rassemblements étaient attendus sur le territoire.
Les organisations syndicales réclament une revalorisation des rémunérations et des « moyens budgétaires à la hauteur » des missions des services publics.
Le nombre de participants varie fortement selon les sources.
Le ministère de l’Intérieur comptabilise 206 000 manifestants en France.
La CGT en revendique 300 000.
Dans la capitale, la Préfecture de police annonce 30 000 participants, dont 8 000 pompiers.
L’écart entre chiffres syndicaux et officiels accompagne traditionnellement les grandes journées de mobilisation. Mais le 29 septembre, la composition des cortèges raconte davantage que leur seule taille.
Les pompiers imposent leur présence dans Paris
Ils constituent l’une des images fortes de la journée.
Après un été qui les a fortement sollicités, notamment face aux incendies, plusieurs milliers de sapeurs-pompiers se retrouvent dans la capitale.
Ils défilent d’abord dans leur propre cortège, entre la place d’Italie et Bastille, avant de rejoindre les autres manifestants partis de République vers Nation.
Leur mobilisation intervient dans un secteur dont la charge opérationnelle reste considérable.
Les statistiques officielles arrêtées fin 2025 font état de 4,89 millions d’opérations de secours en une année, en hausse de 3 %, réalisées par près de 259 000 sapeurs-pompiers professionnels, volontaires et militaires.
Le 29 septembre, la Sécurité civile comptabilise 4 903 sapeurs-pompiers professionnels en grève, soit 13,6 %.
Les syndicats contestent toutefois la portée de ce taux, qui ne prendrait en compte que les personnels qui devaient travailler ce jour-là. Le porte-parole de l’intersyndicale estime qu’il pourrait y avoir « sans doute plus de 50 % de grévistes » parmi les personnels concernés.
Au-delà du pourcentage, leur présence dans la rue met en relation deux réalités : l’intensité des missions et les ressources disponibles pour les accomplir.
Après les incendies, la crainte d’atteindre la rupture
La mobilisation des pompiers possède une résonance particulière après l’été 2026.
Quelques jours avant la manifestation, la Direction générale de la Sécurité civile soulignait elle-même la « mobilisation particulièrement importante » de ses acteurs pendant l’été, notamment face aux feux de forêt.
À l’issue d’une rencontre avec le ministre de l’Intérieur, l’intersyndicale ne fait état d’aucune grande annonce immédiate.
Son porte-parole, Xavier Bois, indique que plusieurs textes sont encore en construction mais dit percevoir une prise de conscience.
Son avertissement est plus significatif :
« Il ne faut pas qu’on revive la situation de cet été, car on a passé le cap de la rupture. »
La formule donne une autre dimension à la revendication.
Le débat ne concerne plus seulement ce que gagne un agent.
Il concerne également ce qu’un service est encore capable de faire lorsqu’il est fortement sollicité.
Dans l’Éducation nationale, une mobilisation inégale
Les établissements scolaires connaissent eux aussi les effets de la journée de grève.
Selon les chiffres du ministère repris dans le dossier, 13,71 % des enseignants participent au mouvement.
La mobilisation atteint environ 15 % dans les écoles et collèges, contre 10 % dans les lycées généraux et technologiques et 7,75 % dans les lycées professionnels.
Chez les personnels de vie scolaire — assistants d’éducation et conseillers principaux d’éducation — le taux dépasse 27 %.
Ces chiffres montrent une mobilisation différente selon les métiers.
Ils rappellent aussi qu’un établissement scolaire ne fonctionne pas seulement avec ses enseignants.
Surveillance, accompagnement des élèves, gestion de la vie scolaire et administration participent également au fonctionnement quotidien de l’école.
Lorsqu’une partie de ces personnels manque, c’est toute l’organisation qui peut être affectée.
Un mouvement qui traverse les trois fonctions publiques
La grève touche plus largement plusieurs composantes de la fonction publique.
Selon le ministère de l’Action et des Comptes publics, 9,96 % des agents de la fonction publique d’État sont grévistes.
La proportion est de 7,25 % dans la fonction publique territoriale et de 4,10 % dans la fonction publique hospitalière.
Il ne s’agit donc pas d’une mobilisation uniforme.
Les réalités d’un enseignant, d’un agent hospitalier, d’un fonctionnaire territorial ou d’un pompier professionnel restent très différentes.
Mais le gel du point d’indice leur donne un point de rencontre immédiat : le pouvoir d’achat.
À partir de là apparaissent les autres difficultés : recrutement, attractivité des métiers, charge de travail, effectifs disponibles et moyens matériels.
Le salaire devient alors la première pièce d’un problème plus vaste.
Dans la rue, la question du pouvoir d’achat devient celle du travail
Les slogans aperçus dans les cortèges traduisent cette évolution.
À Nantes, des pancartes affichent notamment « Ras le bol des bas salaires ».
Une autre formule vise directement les conditions dans lesquelles travaillent les secours :
« La France crame, vos pompiers avec ».
Derrière leur formulation militante, ces messages relient rémunération et exercice concret du métier.
Le pouvoir d’achat est individuel.
Mais le manque d’effectifs ou d’équipements produit des conséquences collectives.
C’est précisément à cet endroit que les différentes professions présentes le 29 septembre commencent à partager un même sujet.
Les lycéens ajoutent une autre contestation à la journée
Parallèlement à la grève de la fonction publique, un mouvement lycéen commencé la semaine précédente se poursuit.
Il ne faut pas confondre les deux mobilisations.
Les lycéens ne participent pas à une grève d’agents publics. Ils développent leurs propres actions autour des établissements scolaires.
Parti d’Île-de-France, le mouvement s’est progressivement étendu dans le pays.
En fin de journée, 338 établissements sont encore concernés par des actions ou perturbations.
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez annonce 440 interpellations à travers la France.
Les situations diffèrent fortement selon les villes.
À Saint-Denis, plusieurs centaines de lycéens se rassemblent devant le lycée Paul-Éluard.
À Rennes, des projectiles sont signalés devant le lycée Bréquigny.
À Lille, poubelles incendiées, dégradations et jets de projectiles donnent lieu à des tirs de gaz lacrymogène des forces de l’ordre.
Marseille, Bordeaux, Lyon et Villeurbanne connaissent également des blocages ou perturbations.
Ces incidents constituent une partie de la journée, mais ne doivent pas absorber l’ensemble du mouvement lycéen.
Une journée de mobilisation, plusieurs rapports de force
Le 29 septembre fait ainsi apparaître plusieurs niveaux de contestation.
Il y a le rapport de force salarial entre les syndicats de fonctionnaires et le gouvernement.
Il y a celui des professions qui demandent davantage de moyens pour assurer leurs missions.
Il y a celui des pompiers, dont la mobilisation intervient après un été particulièrement exigeant.
Il y a celui de l’école, où enseignants et personnels de vie scolaire expriment leurs propres difficultés.
Et il y a, parallèlement, la contestation lycéenne.
Ces mouvements ne sont pas identiques et leurs revendications ne doivent pas être artificiellement fusionnées.
Mais ils se rencontrent sur un terrain : la place accordée aux services publics dans les choix budgétaires.
Le budget comme prochaine étape
La rue n’est donc qu’une partie du rapport de force.
Les syndicats veulent désormais peser sur les arbitrages du gouvernement pour le prochain budget.
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, demande d’« investir dans nos services publics pour préparer l’avenir ».
Elle établit notamment un lien entre les difficultés de l’été, les capacités hospitalières et les moyens des pompiers.
Cette analyse est celle de la responsable syndicale. Les choix budgétaires et leurs effets feront l’objet du débat politique et social à venir.
La mobilisation lycéenne possède déjà, de son côté, une prochaine échéance.
L’Union étudiante et l’Union syndicale lycéenne appellent à poursuivre les actions dans les établissements et annoncent une « grande manifestation » le 6 octobre.
Quand assurer une mission devient le cœur du débat
Les 206 000 manifestants comptabilisés par le ministère de l’Intérieur et les 300 000 revendiqués par la CGT resteront les deux chiffres les plus visibles de cette journée.
Ils ne suffisent pourtant pas à l’expliquer.
Ce qui relie progressivement les cortèges du 29 septembre est moins l’appartenance à un même métier qu’une interrogation sur les conditions permettant de l’exercer.
Un salaire doit permettre de vivre.
Un service doit pouvoir recruter.
Une équipe doit disposer d’effectifs suffisants.
Un pompier doit avoir les moyens d’intervenir.
Une école doit pouvoir accueillir et encadrer ses élèves.
Et l’ensemble dépend, à un moment ou à un autre, d’une décision budgétaire.
La mobilisation est ainsi partie du pouvoir d’achat pour atteindre une question plus collective : jusqu’où un service public peut-il remplir les missions qu’on lui confie lorsque ceux qui les assurent considèrent que les moyens ne suivent plus ?
Le 29 septembre n’apporte pas encore la réponse.
Il a placé cette question dans la rue.





































































































Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.
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