Quelques centaines de personnes se sont rassemblées mardi 15 septembre devant le ministère de l’Économie et des Finances à Paris, à l’appel d’un collectif réunissant 53 organisations. Pompiers, associations de santé et de protection de l’environnement, syndicats, étudiants et acteurs de la solidarité ont porté huit demandes allant de l’adaptation des logements à la prévention des incendies, en passant par le Fonds vert et la protection des travailleurs. Leur objectif : peser sur les choix budgétaires de 2027 après un été marqué par les canicules et les incendies.
À Bercy, le rassemblement du 15 septembre ne réunissait pas seulement des organisations environnementales. C’est précisément cette diversité qui donnait à la mobilisation une dimension particulière.
Entre l’Accor Arena et le ministère de l’Économie et des Finances, quelques centaines de participants se sont retrouvés dans la soirée. Des drapeaux de différentes organisations côtoyaient les tee-shirts rouges de France Nature Environnement (FNE), tandis qu’une fanfare accompagnait la mobilisation. Une imposante « bombe climatique » gonflable, apportée par Scientifiques en rébellion, flottait au-dessus du rassemblement.
FNE, Solidaires, Greenpeace, Médecins du monde, des militants d’Extinction Rebellion, des représentants du monde du travail et de la sécurité civile faisaient partie des acteurs présents.
Derrière les différences de leurs activités, les 53 organisations à l’origine de l’appel veulent faire entrer une même question dans les arbitrages financiers de l’État : quels moyens consacrer à la protection du pays face aux conséquences du dérèglement climatique ?
De l’alerte climatique à la protection des personnes
L’été 2026 sert de point de départ à cette mobilisation.
Le collectif met en avant plus de 7 300 décès excédentaires durant l’été et 119 000 hectares de forêts françaises parcourus par les flammes. Ces données sont utilisées par les organisateurs pour défendre une augmentation des moyens consacrés à la prévention et à l’adaptation.
Les estimations sanitaires nécessitent cependant une lecture précise. Santé publique France a publié des évaluations provisoires pour plusieurs périodes caniculaires successives et doit encore consolider le bilan de l’ensemble de l’été.
À Bercy, Jean-François Julliard, directeur général de France Nature Environnement, a insisté sur la nécessité de ne pas effacer des discussions politiques ce qui s’est produit pendant l’été. Il souhaite inscrire la mobilisation dans la durée jusqu’aux débats parlementaires sur le budget.
Mais les conséquences de la chaleur ne se résument pas aux statistiques.
Un représentant de Médecins du monde a raconté les maraudes menées pendant l’été auprès des personnes sans domicile. Pour elles, l’absence de logement, d’ombre ou d’espace durablement frais transforme une vague de chaleur en risque immédiat.
Le collectif demande ainsi que les personnes vulnérables soient mieux repérées et mises en sécurité pendant les canicules, en incluant explicitement les sans-abri.
La protection commence aussi à l’intérieur des logements. Parmi les huit revendications figure l’adaptation des habitations qualifiées de « bouilloires », notamment par la pose de volets et de brasseurs d’air.
Les pompiers portent la question des secours jusqu’à Bercy
Les incendies donnent une autre réalité à cette demande de protection.
Au milieu des organisations présentes, Bruno Ménard, représentant du Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France, a alerté sur la situation de la sécurité civile après une année particulièrement difficile.
Cette présence relie directement le changement climatique aux capacités d’intervention sur le territoire.
Le collectif demande une amélioration de la couverture géographique des secours et davantage de moyens pour la prévention des incendies.
Les organisations établissent ainsi un lien entre deux temporalités : préparer les territoires avant les catastrophes et conserver suffisamment de moyens humains et matériels pour intervenir lorsqu’elles surviennent.
La même logique se retrouve dans la santé. Pour les organisations mobilisées, les établissements hospitaliers et les acteurs de terrain doivent pouvoir absorber les conséquences d’épisodes de fortes chaleurs plus fréquents sans que la continuité des services publics soit fragilisée.
La chaleur entre aussi dans le monde du travail
Les salariés constituent un autre volet de la mobilisation.
Le collectif demande d’étendre à tous les secteurs le régime de chômage intempéries lié à la chaleur. La revendication vise à mieux protéger les travailleurs lorsque des températures extrêmes rendent certaines activités dangereuses ou difficilement réalisables.
Présent à Bercy, le député du Morbihan Damien Girard a évoqué les fortes températures observées jusque dans des territoires auparavant considérés comme relativement protégés.
Il défend de son côté une proposition de « congé climatique », qui permettrait à un salarié de s’absenter sans perte de revenus lorsqu’un événement climatique extrême empêche de travailler dans des conditions normales.
La députée Sandrine Rousseau, également présente au rassemblement, a défendu une augmentation des moyens budgétaires consacrés aux politiques climatiques.
Ces interventions sont celles d’élus engagés dans le débat politique. Elles s’ajoutent aux revendications syndicales et associatives sans constituer à elles seules une position partagée par l’ensemble du Parlement.
Le Fonds vert transforme la question climatique en question budgétaire
Devant le ministère de l’Économie et des Finances, le débat finit inévitablement par rejoindre les chiffres.
Axèle Gilbert, chargée de plaidoyer chez France Nature Environnement, a notamment demandé un renforcement du Fonds vert, dispositif destiné à soutenir les investissements des collectivités dans la transition écologique.
L’évolution de son enveloppe illustre les arbitrages en cours. Après avoir atteint 2,5 milliards d’euros en 2024, le Fonds vert disposait de 1,15 milliard en 2025, puis d’une enveloppe initiale de 837 millions d’euros pour 2026. Le gouvernement a annoncé un milliard d’euros pour 2027.
Ces sommes correspondent, sur le terrain, à des projets d’adaptation portés par les collectivités.
Selon le ministère de la Transition écologique, plus de 25 000 projets, portés par plus de 13 000 acteurs territoriaux, ont été accompagnés depuis la création du dispositif. Ses priorités comprennent notamment l’adaptation au changement climatique et celle des bâtiments publics, dont les établissements scolaires.
Pour le collectif, renforcer ce financement permettrait notamment de mieux protéger les écoles contre la chaleur, de végétaliser les espaces urbains ou encore d’accompagner les politiques locales d’adaptation.
Les manifestants posent aussi la question des recettes
Demander davantage de moyens soulève immédiatement une seconde question : leur financement.
Les 53 organisations proposent une taxe sur les plus gros pollueurs, destinée selon elles à contribuer au financement des services publics, des aides d’urgence, de l’adaptation et de la lutte contre le changement climatique.
Elles demandent parallèlement le rétablissement de taxes solidaires sur l’aviation et les marchés financiers afin de soutenir les pays du Sud, considérés comme davantage exposés aux conséquences climatiques.
Il s’agit de propositions portées par le collectif, et non de mesures adoptées. Leur mise en œuvre, leur rendement et leurs conséquences économiques font partie des questions qui peuvent être débattues lors de l’élaboration du budget.
Les associations veulent également préserver leurs propres capacités d’action. Parmi les huit demandes figure le renforcement des moyens des organisations contribuant à la démocratie environnementale et le refus de nouvelles atteintes à leur financement.
Un même risque, des réalités différentes
C’est finalement la diversité des participants qui donne son fil conducteur à la soirée.
Pour Médecins du monde, les fortes chaleurs rencontrent la précarité des personnes vivant dans la rue. Pour les pompiers, les conséquences climatiques interrogent la prévention et la capacité d’intervention. Pour les syndicats, elles touchent les conditions de travail. Pour les associations environnementales et les collectivités, elles nécessitent des investissements d’adaptation.
La solidarité internationale ajoute encore une autre échelle à cette mobilisation : les choix budgétaires français sont également reliés par les organisateurs au soutien destiné aux pays plus durement exposés au changement climatique.
Sous les drapeaux d’Extinction Rebellion, plusieurs militants présents ont également parlé de leur colère mais aussi de la nécessité d’agir collectivement. Derrière la fanfare et les slogans, cette dimension humaine traverse le rassemblement : ne pas laisser chaque secteur affronter séparément les conséquences d’un même phénomène.
La mobilisation de Bercy veut désormais se prolonger. Les organisations ont appelé à participer au 26 septembre, avec des rassemblements annoncés en France autour du climat, du vivant, de la paix et de la justice sociale.
Le 15 septembre aura ainsi fait converger devant le ministère des Finances des revendications habituellement dispersées entre santé, sécurité civile, environnement, travail et solidarité. À l’approche des arbitrages pour 2027, les participants veulent désormais que cette convergence se traduise dans le budget de l’État.













































Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.
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