L’Angleterre a encore gagné, mais le scénario n’est plus tout à fait le même. Samedi 25 juillet 2026, au stade Ernest-Wallon de Toulouse, l’équipe de France féminine de rugby à XIII s’est inclinée 38-4 lors de son premier match amical de préparation à la Coupe du monde. Devant 4-0 après dix-neuf minutes, les Bleues ont ensuite subi l’efficacité anglaise avant de mieux contenir leur adversaire après la pause. Deux ans après le 0-42 concédé au même endroit, ce nouveau duel apporte surtout une mesure de l’évolution française et des limites qu’il reste à repousser.
Ernest-Wallon, premier rendez-vous avant le Mondial
TOULOUSE – Il ne s’agissait ni d’un match de qualification ni d’une rencontre de Coupe du monde. France–Angleterre était un match amical international, le premier des trois rendez-vous programmés pour préparer les Bleues à l’échéance mondiale de l’automne.
Le choix de l’adversaire plaçait immédiatement les Françaises devant une difficulté majeure.
Demi-finaliste des deux dernières Coupes du monde, l’Angleterre demeure l’une des meilleures sélections féminines de rugby à XIII, derrière les deux grandes puissances que sont l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Face à la France, son ascendant s’est également installé dans le temps : les cinq précédentes confrontations disputées depuis 2015 s’étaient toutes terminées par une victoire anglaise, avec des écarts souvent considérables.
Alan Walsh savait donc précisément ce qu’il venait chercher à Toulouse : non pas une rencontre confortable, mais une opposition capable de mettre à l’épreuve six mois de travail.
Pendant vingt minutes, le scénario s’inverse
La première réponse française arrive au tableau d’affichage.
À la 16e minute, Lisa Diraison profite d’une pénalité pour inscrire les deux premiers points. Trois minutes plus tard, la demi de mêlée française se présente de nouveau face aux perches et réussit sa tentative.
4-0 pour la France.
L’avantage est modeste, mais la situation est inhabituelle dans l’histoire récente de ce duel : ce sont les Anglaises qui doivent revenir.
Elles y parviennent à la 22e minute. Ellise Derbyshire trouve l’ouverture en coin et Isabel Rowe transforme.
À partir de là, la rencontre change brutalement de rythme.
Lucy Murray marque à la 28e minute, puis récidive quatre minutes plus tard. Ella Donnelly franchit à son tour la ligne française à la 37e. Juste avant la pause, Eva Hunter ajoute un cinquième essai.
En dix-huit minutes, le 4-0 s’est transformé en 4-28.
Au retour des vestiaires, Jenna Foubister inscrit un nouvel essai, transformé par Rowe. Il faut ensuite attendre la 31e minute de cette seconde période pour voir Derbyshire signer son doublé.
Score final : France 4 – Angleterre 38.
La hiérarchie est respectée. Mais le travail français commence précisément dans l’analyse de ce qui s’est produit à l’intérieur de ces quatre-vingts minutes.
Deux ans plus tard, un scénario qui n’est plus identique
Ernest-Wallon possède déjà un point de comparaison.
Le 29 juin 2024, l’Angleterre y avait battu la France 42-0. Huit essais anglais, aucun point français.
Le rapprochement entre 2024 et 2026 pourrait sembler évident : quatre points inscrits cette fois, quatre points de moins encaissés. Mais réduire l’évolution à cette simple soustraction serait trompeur.
Ce qui change davantage se trouve dans le déroulement.
En 2026, les Françaises prennent l’avantage. Elles utilisent les premières fautes adverses et obligent l’Angleterre à attendre plus de vingt minutes avant de trouver l’en-but.
Ce n’est pas encore un renversement de hiérarchie. C’est un déplacement dans le rapport de force : pendant une partie de la rencontre, la France parvient à imposer une situation qu’elle n’avait pas connue lors du précédent duel.
Le prochain progrès devra passer par l’en-but
Les quatre points de Lisa Diraison récompensent la capacité française à exploiter les fautes anglaises.
Mais ils révèlent aussi ce qui manque encore.
La France n’a inscrit aucun essai.
Pour une sélection qui cherche à franchir un palier international, cette donnée est centrale. Prendre les points disponibles permet de rester au contact ; créer puis terminer une action d’essai permet de modifier réellement le rapport de force.
L’Angleterre en a fourni la démonstration inverse. Lorsqu’elle a obtenu ses premières ouvertures, elle les a transformées en une succession de réalisations.
La progression offensive française devra donc se mesurer aussi à cette capacité : ne plus seulement entrer dans les zones dangereuses, mais y devenir décisive.
Dix-huit minutes racontent encore la différence
La France menait 4-0 à la 19e minute. À la pause, elle était menée 28-4.
Cette période est sans doute la plus instructive du match.
Face à une équipe de premier plan, la difficulté n’est pas uniquement d’éviter les erreurs. Elle consiste également à empêcher une première difficulté d’en provoquer immédiatement une deuxième, puis une troisième.
L’Angleterre possède cette capacité à prolonger ses temps forts. Une fois la première brèche ouverte, elle maintient la pression et oblige son adversaire à défendre encore avant d’avoir totalement retrouvé son organisation.
Pour les Bleues, apprendre à casser ces séquences constitue désormais un enjeu majeur.
Car au plus haut niveau, quelques minutes peuvent peser davantage que toute une période correctement maîtrisée.
Après la pause, l’écart cesse de s’emballer
La deuxième période raconte quelque chose de différent.
Après 28 points encaissés avant la pause, la France n’en concède que dix durant les quarante dernières minutes.
Il serait excessif d’en conclure que la défense tricolore a réglé toutes ses difficultés. Les informations disponibles ne permettent pas non plus d’attribuer cette différence uniquement aux ajustements français ou à une gestion différente de la rencontre par les Anglaises.
Un fait demeure cependant : la série de cinq essais qui avait fait exploser le score avant la mi-temps ne se reproduit pas.
Pour le staff, cette séquence doit permettre de comprendre comment une équipe fortement bousculée est parvenue à retrouver davantage de stabilité.
L’évolution d’un collectif ne se mesure pas uniquement à sa capacité à éviter les difficultés. Elle se mesure aussi à sa manière d’en sortir.
Des automatismes qui doivent résister à l’international
La sélection française possède une particularité susceptible d’aider cette construction : onze joueuses de Lescure et six de Saint-Estève/XIII Catalan composent le groupe retenu pour ce premier test.
Une grande partie des Bleues partage donc déjà des habitudes collectives.
Mais le niveau international modifie les repères.
Face à l’Angleterre, les espaces disparaissent plus rapidement, les décisions doivent être prises sous une pression supérieure et une erreur peut immédiatement devenir une occasion adverse.
L’enjeu n’est donc pas simplement de posséder des automatismes. Il faut qu’ils continuent à fonctionner lorsque le rythme change.
C’est à cette frontière que le collectif français est aujourd’hui testé.
Pour Alan Walsh, l’évaluation est aussi individuelle
Avant la rencontre, le sélectionneur avait posé une autre règle : « Rien n’est figé. »
Le groupe pour la Coupe du monde reste à construire.
Les matchs amicaux deviennent ainsi des espaces d’évaluation individuelle. Chaque joueuse doit démontrer qu’elle peut conserver son niveau lorsque l’opposition augmente en puissance, rester disciplinée sous pression et maintenir sa place dans l’organisation collective après une séquence difficile.
Alan Walsh avait également expliqué vouloir observer « le chemin parcouru depuis ces six derniers mois », en fixant à son équipe « des petits objectifs réalisables ».
L’Angleterre lui offre désormais une première base concrète pour effectuer cette évaluation.
Les enseignements ne concernent donc pas seulement le système français. Ils peuvent aussi peser sur les choix qui détermineront quelles joueuses participeront au Mondial.
Le calendrier devient un outil de progression
Le rendez-vous anglais n’était que le premier.
Le 1er août, les Bleues doivent affronter le Nigeria au stade Gilbert-Brutus de Perpignan. Puis, le 19 septembre, elles rencontreront l’Irlande à Mérignac.
L’intérêt de cette succession ne réside pas dans l’addition de trois résultats amicaux.
Chaque rencontre doit apporter une nouvelle information au staff : vérifier une correction, observer une association de joueuses, confirmer un automatisme ou identifier une nouvelle fragilité.
Cette construction doit mener la France jusqu’à la Coupe du monde organisée du 17 octobre au 17 novembre en Australie et en Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Les Bleues y évolueront dans une poule particulièrement exigeante avec la Nouvelle-Zélande, les Fidji et la Papouasie-Nouvelle-Guinée.
À ce moment-là, les observations accumulées pendant l’été devront être devenues des réponses.
L’Angleterre gagne encore, mais la France possède une nouvelle mesure
Il serait artificiel de transformer un 38-4 en victoire morale. L’Angleterre demeure nettement supérieure et sa capacité à faire basculer le match en dix-huit minutes suffit à rappeler la distance qui sépare encore les deux sélections.
Mais ce rendez-vous n’avait pas été organisé pour embellir un résultat.
Il devait mesurer une évolution.
Cette mesure existe désormais et elle pourra servir de référence au travail qui commence après Toulouse.
Une équipe n’évolue pas parce que le tableau d’affichage devient soudain favorable. Elle évolue lorsque ce qu’elle ne parvenait pas à produire hier commence à apparaître dans son jeu aujourd’hui.
Le résultat appartient à l’Angleterre.
Pour la France, la valeur de cette soirée se décidera plus tard : dans sa capacité à transformer les enseignements de ce match amical en progrès durables.





























Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.
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