6 juin 2026

JOURNAL IMPACT EUROPEAN

Journal indépendant

L’Objet du délit : deux féminismes face à face dans les coulisses d’un théâtre

Oussama Kheddam, Maxime Pambet, Vincenzo Amato, Lucie Gallo, Loic Legendre, Daniel Auteuil, Agnes Jaoui, Tiphaine Daviot et Claire Chust avant le photocall du film "L’OBJET DU DÉLIT" - Hors Compétition - Cannes, France. ©Pierre ROIGT / IMPACT EUROPEAN

Entre satire sociale et chronique théâtrale, Agnès Jaoui met en scène les tensions du débat #MeToo dans une troupe d’opéra en crise.

Agnès Jaoui signe avec L’Objet du délit un film courageux, parce qu’il avance là où le débat public se crispe.

Le mouvement #MeToo a bouleversé le monde culturel, mais le cinéma français l’a souvent traité avec prudence.

Jaoui choisit au contraire de le placer au centre d’une comédie chorale, presque théâtrale par nature.

Une troupe répète Les Noces de Figaro, œuvre déjà traversée par les rapports de pouvoir et le désir.

Lorsqu’une accusation d’agression sexuelle éclate, la répétition devient une crise collective.

Tout le monde doit parler, choisir, juger, se taire ou se protéger.

Le film trouve sa force dans cette tension entre l’art et la réalité sociale.

Sur scène, les personnages jouent Mozart et Beaumarchais ; hors scène, ils affrontent le présent.

Agnès Jaoui ne cherche pas à imposer une vérité unique, ce qui rend le film parfois dérangeant.

Elle montre que le féminisme contemporain n’est pas un bloc homogène, mais un champ de fractures.

D’un côté, une génération réclame une réponse immédiate face aux violences sexuelles.

De l’autre, certains personnages demandent du temps, des preuves, une procédure, parfois avec maladresse.

Le film ne met pas ces positions sur le même plan moral, mais il ose les faire dialoguer.

C’est là sa grande qualité, mais aussi ce qui provoquera sans doute le débat.

Jaoui endosse elle-même un rôle difficile, celui d’une femme qui résiste au réflexe de condamnation immédiate.

Ce personnage aurait pu devenir antipathique ou réactionnaire, mais l’écriture lui donne une vraie complexité.

La réalisatrice retrouve ici son art de la conversation piquante, du désaccord vivant et du malaise drôle.

Les acteurs forment un ensemble très solide, avec Daniel Auteuil, Eye Haïdara, Claire Chust et Oussama Kheddam.

Chacun incarne une manière différente de réagir à la crise, entre prudence, colère, peur ou opportunisme.

Le film souffre parfois d’un excès de dialogues explicatifs, comme si Jaoui voulait trop bien poser le débat.

Mais sa vitalité comique compense largement ces lourdeurs ponctuelles.

L’Objet du délit réussit surtout parce qu’il ne transforme jamais #MeToo en slogan.

Il en fait une matière humaine, contradictoire, parfois douloureuse, souvent absurde.

Une comédie sociale imparfaite, mais nécessaire, qui rappelle que le théâtre reste un lieu idéal pour regarder la société se déchirer.

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