Chapô — La treizième Route du Rhum – Destination Guadeloupe a été officiellement présentée mardi 22 septembre aux Folies Bergère, à Paris. Réunis autour des organisateurs et des représentants des territoires, 118 skippers ont dévoilé leurs ambitions à quelques semaines du départ de Saint-Malo. Mais derrière la préparation de cette traversée en solitaire se dessine une transformation plus profonde : un Village électrifié, une fête ouverte aux quartiers, une place accordée à la culture et des dispositifs destinés aux personnes en situation de handicap. De la Bretagne à la Guadeloupe, cette nouvelle édition met en relation les exploits attendus sur l’océan et les responsabilités environnementales à terre.
Quand les histoires des navigateurs rencontrent celles des territoires
Aux Folies Bergère, le 22 septembre, la Route du Rhum – Destination Guadeloupe a réuni les acteurs de sa treizième édition. Les 118 skippers engagés, les organisateurs, les partenaires et les représentants des collectivités se sont retrouvés à Paris pour présenter une course dont le départ est prévu le 1er novembre à Saint-Malo, en direction de Pointe-à-Pitre.
Ary Chalus, président de la Région Guadeloupe, Gilles Lurton, maire de Saint-Malo et président de Saint-Malo Agglomération, Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne, Édouard Coudurier, président du Groupe Télégramme, et Hervé Favre, président d’OC Sport Pen Duick, figuraient parmi les personnalités présentes.
La conférence a dévoilé un programme qui associe la préparation sportive à plusieurs transformations de la manifestation. Le Village départ doit ouvrir le 20 octobre, pour treize jours d’activités, avec 150 exposants et une programmation culturelle étendue aux quartiers de Saint-Malo.
Les organisateurs ont également annoncé une évolution majeure des infrastructures : l’alimentation électrique du Village par le réseau public, sans groupes électrogènes fonctionnant aux énergies fossiles.
Cette mesure prend place dans une édition où les enjeux environnementaux, l’inclusion et la participation des habitants sont présentés comme des dimensions de l’organisation, au même titre que la compétition.
Mais la Route du Rhum reste avant tout une aventure portée par les navigateurs. Leurs témoignages, réunis lors de la présentation parisienne, donnent une profondeur particulière aux semaines qui précèdent le départ.
Des rêves d’enfance aux exigences de la course au large
Les 118 skippers se répartissent dans six catégories : Ultim, Ocean Fifty, IMOCA, Class40, Vintage Multi et Vintage Mono.
Ces familles de bateaux réunissent des technologies différentes, des générations de navigateurs et des parcours qui ne se ressemblent pas. Pourtant, tous partagent une même perspective : traverser seuls l’Atlantique, depuis les côtes bretonnes jusqu’à la Guadeloupe.
Armel Le Cléac’h, engagé en Ultim sur Maxi Banque Populaire XI, a rappelé lors de la présentation son lien ancien avec cette course. Enfant, il découvrait les bateaux sur les pontons avec ses parents et suivait la traversée à la radio. Aujourd’hui, ce souvenir accompagne une préparation menée depuis plusieurs années avec son équipe.
Il retrouvera notamment Tom Laperche sur SVR Lazartigue, Charles Caudrelier sur Maxi Edmond de Rothschild et Guirec Soudée.
La catégorie IMOCA rassemblera notamment Jérémie Beyou sur Charal, Sam Goodchild sur Macif, Francesca Clapcich sur 11th Hour Racing, Sébastien Simon sur Groupe Dubreuil et Boris Herrmann sur Malizia 4.
Élodie Bonafous, engagée sur Association Petits Princes – Quéguiner, a évoqué les progrès accomplis depuis la mise à l’eau de son bateau en février 2025. Sa participation à la Route du Rhum marque une étape dans son apprentissage de la navigation en solitaire sur IMOCA.
En Ocean Fifty, Basile Bourgnon retrouvera notamment Erwan Le Roux, Thibault Vauchel-Camus, Pierre Quiroga et Baptiste Hulin. Pour le skipper d’Edenred, la Route du Rhum occupe une place particulière dans son histoire familiale.
La Class40 réunira entre autres Guillaume Pirouelle, Corentin Douguet, Alexis Loison et Alexis Thomas.
Cette diversité constitue l’une des caractéristiques de la manifestation. Les grands trimarans conçus pour atteindre des vitesses élevées côtoieront des monocoques aux caractéristiques différentes et des bateaux plus anciens, dont certains ont déjà écrit plusieurs pages de l’histoire de la course au large.
La présence des catégories Vintage permet précisément de faire vivre cet héritage.
Francis Joyon retrouvera la catégorie Vintage Multi sur OCEANS, aux côtés notamment de Damien Seguin sur Arkéa – Handicap International. En Vintage Mono, Jean Le Cam, Sidney Gavignet, Tanguy Caradec et Titouan Pillard participeront à cette rencontre entre patrimoine maritime et compétition contemporaine.
Pour Tanguy Caradec, la traversée représentera également un hommage à son père, Loïc Caradec, disparu pendant la Route du Rhum 1986. Après un an et demi de préparation, il s’apprête à traverser l’Atlantique pour la première fois.
Son parcours rappelle que la course n’est pas seulement une confrontation entre des bateaux. Elle porte aussi des souvenirs, des transmissions familiales et des engagements personnels qui accompagnent les navigateurs jusqu’à la ligne de départ.
Damien Seguin, une autre dimension de l’aventure
Parmi les skippers engagés, Damien Seguin participera en Vintage Multi à bord d’Arkéa – Handicap International. Navigateur en situation de handicap, il apporte une dimension particulière à cette édition, dans laquelle l’inclusion occupe également une place importante parmi les engagements annoncés à terre.
Sa participation rappelle que les personnes en situation de handicap ont leur place dans la compétition de haut niveau. Comme les autres navigateurs, il devra affronter les exigences d’une traversée en solitaire, préparer son bateau, gérer sa navigation et prendre ses décisions face aux conditions de l’Atlantique.
Cette présence sportive trouve un prolongement dans les mesures prévues pour l’accueil du public à Saint-Malo.
Les organisateurs annoncent deux zones de stationnement réservées aux personnes à mobilité réduite, place de la Distillerie et place de Rocabey. Les cheminements à l’intérieur du Village doivent également faciliter les déplacements des visiteurs concernés.
Chaque jour, de 12 h 30 à 13 h 30, une heure silencieuse permettra de réduire l’environnement sonore. Une zone de répit sera installée à proximité de la grande scène pour les personnes qui ont besoin d’un espace plus calme.
Le 22 octobre, une journée consacrée à l’inclusion sera organisée en partenariat avec Café Joyeux, avec des tables rondes et des animations destinées à sensibiliser le public.
Ces dispositions donnent à l’accessibilité une place concrète dans la préparation de l’événement. Elles concernent les déplacements, l’environnement sonore et la possibilité de participer aux activités proposées.
La présence de Damien Seguin dans la flotte et les aménagements prévus pour les visiteurs illustrent ainsi deux aspects complémentaires d’une même ambition : ouvrir davantage la pratique sportive et permettre à des publics différents de vivre la manifestation.
À Saint-Malo, l’événement prépare aussi son avenir à terre
Pendant que les navigateurs achèvent leurs préparatifs, Saint-Malo se prépare à accueillir un Village de plus de 70 000 m², comprenant près de 10 000 m² de structures temporaires.
L’une des principales annonces de cette édition concerne son alimentation électrique. Grâce aux investissements réalisés par la Ville de Saint-Malo, l’ensemble des installations doit fonctionner à partir du réseau public, sans groupes électrogènes alimentés par des énergies fossiles.
Pour répondre à ces besoins, trois postes de transformation ont été créés ou renforcés. La puissance électrique disponible sur la zone doit passer de 2 500 à 4 000 kVA.
Ces équipements permettront de répondre aux besoins du Village pendant treize jours, mais ils pourront également continuer à servir après la manifestation.
Gilles Lurton a souligné l’intérêt de cette modernisation pour démontrer les possibilités offertes par un réseau urbain adapté. Stéphane Bourrut Lacouture, responsable RSE d’OC Sport Pen Duick, a pour sa part inscrit l’électrification du Village dans les engagements environnementaux de l’organisateur.
Cette évolution s’accompagne du Pacte Durable, qui prévoit notamment des actions concernant les mobilités, les consommations d’eau et d’énergie, la réduction des déchets, leur valorisation et l’économie circulaire.
Suzuki Automobile mettra également à disposition des équipes d’organisation douze véhicules électriques e VITARA pendant la durée du Village.
Ces initiatives représentent des transformations identifiables de l’organisation. Elles soulèvent toutefois une question plus large : comment mesurer l’empreinte environnementale complète d’un événement qui mobilise des infrastructures importantes et attire un public nombreux ?
L’alimentation électrique du Village constitue une avancée annoncée, mais elle ne suffit pas à établir le bilan carbone global de la manifestation. Les déplacements des visiteurs, la logistique et les ressources utilisées devront également être pris en compte.
La transition présentée à Paris devra donc être appréciée à partir des résultats effectivement obtenus.
La Guadeloupe, au cœur d’une réflexion qui traverse l’Atlantique
L’arrivée de la Route du Rhum en Guadeloupe donne une dimension supplémentaire aux engagements environnementaux de cette édition.
L’archipel possède un patrimoine naturel exceptionnel, mais il est également particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique.
Lors de la présentation officielle, Ary Chalus a souligné l’importance de soutenir les initiatives concrètes permettant de réduire l’empreinte environnementale de la course.
Pour le président de la Région Guadeloupe, les investissements réalisés à Saint-Malo prennent un sens particulier lorsqu’ils sont replacés dans les enjeux de préservation des territoires.
Marie-Line Bassette, directrice régionale d’EDF Archipel Guadeloupe, a également mis en avant la capacité de la manifestation à valoriser l’archipel et à accompagner sa transition énergétique.
La Route du Rhum relie ainsi deux territoires maritimes confrontés à des enjeux différents, mais associés par une même traversée.
À Saint-Malo, la modernisation des infrastructures et la gestion des ressources occupent une place centrale dans les annonces. En Guadeloupe, la vulnérabilité climatique rappelle l’importance de préserver les milieux naturels et de mesurer les impacts de l’événement.
Cette relation donne une portée particulière aux engagements présentés lors de la conférence. La transition environnementale ne concerne pas uniquement les installations du Village : elle interroge également l’organisation de la manifestation dans son ensemble et l’héritage qu’elle laissera aux territoires.
Une fête maritime qui rejoint les habitants
La treizième édition entend également faire évoluer la manière dont le public participe à la Route du Rhum.
Pour la première fois, un Off du Rhum sera organisé dans les quartiers de Saint-Malo et les communes de l’agglomération. Lancé par la Ville de Saint-Malo, Saint-Malo Agglomération et la Région Bretagne, en collaboration avec les organisateurs, ce programme proposera des concerts, des rencontres et des animations culturelles.
L’objectif annoncé est de prolonger la fête au-delà des quais et d’associer davantage les habitants à la manifestation.
Cette ouverture s’accompagnera d’aménagements destinés à améliorer les déplacements entre le Village et la ville. De nouvelles sorties seront créées, tandis que les espaces en bord de quai seront maintenus.
Le passage des bateaux dans les écluses bénéficiera également d’un dispositif renforcé, avec une capacité annoncée de 2 000 spectateurs.
Ces évolutions montrent que l’organisation d’un événement de cette ampleur ne dépend pas uniquement de la programmation proposée. Elle suppose aussi de gérer les déplacements, de faciliter l’accès aux différents espaces et de tenir compte de la vie quotidienne des habitants.
Le Off du Rhum rejoint ainsi les engagements concernant les mobilités et l’inclusion. En élargissant la manifestation aux quartiers, les collectivités cherchent à répartir les activités et à multiplier les possibilités de participation.
Art Explora, la culture au fil de l’eau
La programmation culturelle constituera l’une des autres nouveautés présentées aux Folies Bergère.
Art Explora, premier partenaire Arts & Culture de cette édition, installera son bateau-musée au cœur de la manifestation. Une exposition ouverte au public sera accompagnée de spectacles, de danse, de concerts et de performances.
Cette présence introduit une autre manière de découvrir l’univers maritime. À travers les œuvres et les rencontres, le public pourra explorer les imaginaires liés à l’océan et compléter l’expérience sportive par une approche artistique.
Le Rhum Park, installé près de l’entrée Louis Martin, proposera notamment une grande roue et une tyrolienne géante, la « Charalienne ».
La Brasserie du Rhum, animée par la Maison Hector, accueillera une programmation musicale en soirée.
Le pavillon des îles de Guadeloupe permettra également aux visiteurs de découvrir la culture, l’histoire et le patrimoine du territoire d’arrivée.
Les plus jeunes disposeront d’outils spécifiques pour suivre la course. Un kit pédagogique destiné aux enseignants utilisera le parcours des skippers pour aborder différentes matières scolaires. Une cartographie conçue pour les enfants leur permettra de suivre les navigateurs pendant la traversée.
Ces initiatives élargissent la portée de la manifestation. La Route du Rhum devient un espace de rencontre entre sport, patrimoine, culture et transmission.
Elles rejoignent également les mesures d’accessibilité annoncées pour les personnes en situation de handicap et l’ouverture de la fête aux quartiers. L’ensemble contribue à proposer une expérience destinée à des publics variés, au-delà des seuls passionnés de voile.
Treize jours avant le grand départ
Le Village départ ouvrira officiellement ses portes le mardi 20 octobre à midi. Pendant treize jours, les 118 bateaux engagés et les 150 exposants occuperont les quais de Saint-Malo.
Le dimanche 25 octobre, à partir de 17 heures, les navigateurs doivent être présentés sur la grande scène.
Chaque jour, de 17 h 30 à 18 h 30, le Journal de la Route du Rhum permettra au public de suivre les dernières préparations et de recueillir les impressions des skippers.
Les espaces d’exposition seront ouverts jusqu’à 20 heures, avec une prolongation jusqu’à 22 heures les vendredis et samedis. Les espaces festifs pourront accueillir les visiteurs jusqu’à une heure du matin.
Selon les chiffres communiqués dans le dossier de présentation, l’édition 2022 avait rassemblé plus de 1,2 million de visiteurs. Pour 2026, les organisateurs annoncent une programmation qui associe découverte des bateaux, rencontres sportives, activités culturelles et rendez-vous destinés aux familles.
Cette fréquentation attendue explique l’importance des aménagements présentés lors de la conférence : infrastructures électriques, circulation des visiteurs, accessibilité et gestion des ressources.
Pendant près de deux semaines, Saint-Malo devra ainsi accueillir une manifestation internationale tout en préservant le fonctionnement quotidien de la ville.
Une traversée, deux territoires et des engagements à concrétiser
Le dimanche 1er novembre, les 118 skippers doivent quitter Saint-Malo pour prendre la direction de Pointe-à-Pitre.
La compétition réunira des navigateurs aux parcours différents, des bateaux de plusieurs générations et des histoires humaines qui donnent à la Route du Rhum sa dimension particulière.
Mais la présentation officielle du 22 septembre a également montré que l’avenir de la manifestation se construit à terre.
L’électrification du Village, les investissements urbains, les mesures destinées aux personnes en situation de handicap, l’ouverture des festivités aux quartiers et la présence d’Art Explora traduisent les transformations annoncées pour cette treizième édition.
Ces initiatives devront maintenant prendre forme, puis être appréciées à partir de leurs résultats.
De la Bretagne à la Guadeloupe, la Route du Rhum met en relation la passion de la navigation, la mémoire maritime et les responsabilités environnementales de deux territoires.
Entre ferveur océanique et urgence planétaire, la conférence des Folies Bergère a dessiné les contours d’une édition dont les ambitions se mesureront autant sur l’Atlantique qu’à terre.

























Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.
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