14 juin 2026

JOURNAL IMPACT EUROPEAN

Journal indépendant

Tangles : une chronique familiale portée par la puissance de l’animation

Samira Wiley

Entre humour, mémoire et douleur familiale, Tangles propose une approche originale de la maladie d’Alzheimer grâce à l’animation.

Avec Tangles, Leah Nelson transforme un sujet douloureux et universel — la maladie d’Alzheimer — en une expérience cinématographique étonnamment lumineuse.

Adapté du roman graphique autobiographique de Sarah Leavitt, le film raconte la manière dont Sarah accompagne sa mère après l’apparition des premiers symptômes de la maladie. Mais Tangles ne se limite pas à ce récit médical ou familial. Le film parle aussi du retour vers ses racines, des liens familiaux compliqués et de l’identité personnelle.

Le choix de l’animation est ici fondamental. Leah Nelson utilise ce médium non pour adoucir la réalité, mais au contraire pour la rendre plus sensorielle. Les émotions prennent forme visuellement : la confusion devient déformation, la peur devient abstraction, la mémoire devient matière fragile.

Le film excelle lorsqu’il quitte le réalisme strict pour entrer dans l’imaginaire de Sarah. Une parade mexicaine se transforme en vision angoissante. Le corps de la mère devient une marionnette désarticulée. L’image semble parfois se dissoudre sous l’effet de la maladie.

Cette liberté graphique donne au film une identité forte. Là où un drame classique aurait probablement sombré dans le réalisme médical, Tangles choisit l’émotion visuelle et poétique.

L’humour occupe également une place importante. Sarah affronte la douleur avec une autodérision permanente. Les annonces absurdes dans les avions, qui semblent commenter directement son état psychologique, apportent une respiration bienvenue. Le film comprend que l’humour est parfois une forme de survie.

Le récit aborde aussi avec finesse le milieu queer dans lequel évolue Sarah. Cette dimension n’est jamais traitée comme un simple élément décoratif. Elle représente une part essentielle de son identité et du monde qu’elle doit momentanément quitter pour revenir vers sa famille.

Certaines séquences restent plus conventionnelles. Les tensions entre les deux sœurs ou certaines étapes de la maladie suivent un schéma déjà vu dans le cinéma familial contemporain. Mais la sincérité du regard de Leah Nelson compense largement cette familiarité narrative.

Le film réussit surtout à montrer le paradoxe cruel d’Alzheimer : accompagner quelqu’un qui est encore physiquement présent mais qui disparaît progressivement intérieurement.

Visuellement élégant, émotionnellement juste et souvent très drôle malgré son sujet, Tangles démontre une nouvelle fois que l’animation peut aborder les sujets les plus intimes avec une force unique.

Leah Nelson signe ainsi un premier long métrage sensible et maîtrisé, capable de transformer une histoire profondément personnelle en expérience universelle.

 

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