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Justice réparatrice : bien-fondé ou chimère ?

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La justice réparatrice. Nous vous en parlions en octobre dernier à travers « En mille morceaux », le film bouleversant de Véronique Mériadec. Son expérimentation soulève bien des questions. Déjà testée en Europe (Autriche, Slovénie, République Tchèque, Norvège, Pologne, Espagne) en Suisse, au Canada et en Belgique, cette approche pénale compensatoire tant pour les victimes que pour les agresseurs, n’est encore que faiblement pratiquée en France.

Ancien secrétaire national Les Républicains, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé, membre de la République en Marche, Stéphane Jacquot ouvre le débat sur cette méthode qui mérite réflexion. On ne choisit pas d’être victime. L’ancien élu des Hauts-de-Seine en sait quelque chose. Lui-même l’a été, d’abord frappé par la mort de ses parents, puis par l’assassinat de sa mère d’accueil. Sa légitimité n’est donc pas à démontrer. Ces tragédies sont devenues des engagements politiques et associatifs dans lesquels il est allé puiser une force de vivre pour se reconstruire et apaiser sa douleur (association nationale de la justice réparatrice fondée en 2010). C’est justement sur cette souffrance interne qu’il attire l’attention. La justice réparatrice serait-elle une alternative à la réparation morale, une aide psychologique ou une pure utopie ?

Pour Stéphane Jacquot, tendre vers une justice pénale en optant pour des méthodes préventives et bienveillantes ne fait aucun doute. Passée la décision du tribunal, il est plus que nécessaire d’apporter un apaisement aux victimes face à leurs incompréhensions, pour qu’elles puissent avancer, tout comme il est rationnel de donner la possibilité aux « agresseurs » d’expliquer leur passage à l’acte pour amener à une prise de conscience. Mais cette capacité à se mettre à la place de l’autre, de réaliser ce qui a été fait et d’y mettre des mots, ne serait-elle pas malsaine et traumatisante ? Par pour le juriste qu’est l’auteur. Cette forme de médiation libérée ne peut être que prometteuse et salvatrice si elle est encadrée selon un protocole précis sous l’aval des autorités judiciaires et souhaitée par les deux parties. En aucun cas, elle n’a pour objectif, côté des criminels, d’effacer telle une gomme magique leurs méfaits et côté des victimes, de faire naître un désir de vengeance. La seule finalité en est le pardon ; la plus difficile des initiatives, mais sans doute, la plus libératrice. Certes, « il ne guérit pas la bosse » mais ce pardon, M. et Mme Chenu, dont le fils a été victime d’un meurtre homophobe, le Pape Jean-Paul II après sa tentative d’assassinat et l’humoriste Jean-Marie Bigard, à la suite de l’atroce homicide de son père, ont su le donner et l’accorder.

C’est pourquoi, de façon très explicite, Stéphane Jacquot nous donne son point de vue sur ce que devrait être aujourd’hui la chaîne pénale police-justice-prison alors qu’elle est paralysée par des manquements causés par la lenteur d’un système et d’un milieu carcéral surpeuplé. Il en analyse les faits, en démontre toute la pertinence, propose une série de mesures. En découle un plaidoyer au nom de la justice moderne ; un parcours de la seconde chance guidé par l’empathie, la résilience pour in fine, aboutir au pardon. Alors, pour ou contre ?

 « Pardonner l’irréparable » par Stéphane Jacquot, aux éditions Salvator – 17 euros

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