21 juillet 2026

JOURNAL IMPACT EUROPEAN

Journal indépendant

« L’Âge d’or » : une œuvre européenne élégante entre mémoire et quête d’identité

Carine Ruszniewski, Yile Yara Vianello, Vassili Schneider, Souheila Yacoub, Berenger Thouin, Pierre-Antoine Billon et Enrica Capra

Avec L’Âge d’or, le réalisateur Bérenger Thouin propose une réflexion poétique sur le XXe siècle et les illusions sociales à travers le destin bouleversant de Jeanne, interprétée par Souheila Yacoub.

Présenté dans la section Cannes Classics du Festival de Cannes, « L’Âge d’or » étonne par son positionnement atypique. Bien qu’il soit un film contemporain, Bérenger Thouin choisit de dialoguer avec le cinéma classique européen à travers une esthétique inspirée des grandes fresques du XXe siècle.

Le film suit Jeanne Lavaur depuis son enfance modeste dans une famille de bouchers jusqu’à son rêve obsessionnel de devenir comtesse. Son parcours traverse les guerres, les bouleversements sociaux et les mutations culturelles d’un siècle européen en constante reconstruction.

Mais « L’Âge d’or » ne cherche jamais à raconter une simple ascension sociale. Le film questionne avant tout la manière dont les individus construisent leur identité dans un monde dominé par les apparences, le prestige et le regard des autres.

Le récit progresse comme un souvenir fragmenté. Les images d’archives se mêlent aux scènes de fiction dans un montage parfois déroutant mais souvent fascinant. Cette approche donne au film une dimension presque onirique, où passé et mémoire semblent se confondre.

Le travail visuel constitue l’un des grands atouts du projet. Grâce à la photographie de Martin Roux, certaines séquences ressemblent à des tableaux anciens animés par une lumière mélancolique. Le film recrée moins une époque qu’une sensation du passé.

Au cœur de cette fresque se trouve Souheila Yacoub. L’actrice porte littéralement le film grâce à une interprétation d’une grande subtilité. Elle parvient à exprimer simultanément le désir de reconnaissance sociale et la solitude intérieure de Jeanne.

Cependant, le film souffre parfois de son ambition narrative. Certaines longueurs et plusieurs transitions abruptes empêchent pleinement l’émotion de circuler avec fluidité. Cette fragilité explique peut-être pourquoi le film fascine davantage qu’il ne bouleverse réellement.

Malgré ses imperfections, « L’Âge d’or » demeure une proposition rare dans le paysage cinématographique européen contemporain : un film sensible, élégant et profondément habité par la question du temps, de la mémoire et du sens de la vie.

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