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Deux journalistes tués en direct sur Facebook en République dominicaine

GABRIEL MIHAI

Deux journalistes ont été tués mardi matin en plein direct sur Facebook en République dominicaine. Alors que le présentateur d’une radio locale était en train d’animer un bulletin d’informations, retransmis en direct sur le réseau social, des hommes armés ont fait irruption dans le studio et ont fait feu.

« Pour l’instant il y a deux morts et une personne blessée », a indiqué à la presse le colonel William Alcantara, porte-parole de la police nationale à San Pedro de Macoris, ville située à 61 kilomètres à l’est de la capitale Saint Domingue.

Les victimes sont Leonidas Martinez, journaliste et directeur de la radio 103.5 FM, et Luis Manuel Medina, commentateur du programme d’actualités Milenio caliente. La secrétaire de la station de radio, Dayana Garcia, a été blessée dans l’attaque.

L’émission était retransmise en direct sur Facebook et la vidéo montre M. Medina en train de lire des informations nationales au micro, puis on entend deux tirs au loin mais le journaliste continue son travail encore quelques secondes.
Le radio se situe dans un centre commercial à San Pedro de Macorís, dans l’est de l’île, à 61 km de la capitale Saint-Domingue. Une vidéo publiée sur la page Facebook du journaliste témoigne du drame: des coups de feu sont entendus, une femme hurle « on tire, on tire » avant que la transmission ne soit interrompue.
Juste avant que la vidéo coupe, il suit d’un regard inquiet une personne qui vient de rentrer dans le studio, qu’on ne voit pas à l’image, et une voix féminine crie « tiros, tiros, tiros » (on tire, on tire, on tire), puis l’écran devient noir.

Les employés de la radio ont raconté que l’attaquant a d’abord tué le directeur de la station dans son bureau avant de se diriger à la cabine d’enregistrement pour assassiner le journaliste, puis de tirer sur la secrétaire. Mercredi matin, un important dispositif policier était déployé devant la station de radio, installée dans un centre commercial. Certaines vitres de la station étaient brisées et une mare de sang était visible devant.

La Société interaméricaine de presse (SIP), organisme de défense de la liberté de la presse sur le continent américain, a condamné cette « tragédie qui touche la grande famille du journalisme en République dominicaine », selon un communiqué.

Elle a enjoint les autorités à « réaliser une enquête rapide et en profondeur pour connaître le mobile, identifier le responsable (de ces meurtres) et le conduire devant la justice ».

Olivo de Leon, président de l’association des journalistes de République dominicaine, connaissait les victimes. Il a déclaré au quotidien britannique qu’une telle attaque était une première dans le pays.
« Il faut que les autorités enquêtent pour retrouver non seulement les tueurs mais aussi les commanditaires de l’attaque afin que nous sachions pourquoi ils ont été assassinés. L’impunité dans ce cas générera de la peur parmi les journalistes, ce qui les effrayera et les empêchera de s’exprimer et de faire leur travail. Le gouvernement doit garantir la liberté d’expression. »

En 2016, la République dominicaine était classée 62e, sur 179, dans l’indice sur la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. « Les journalistes qui osent s’en prendre à la corruption ou au trafic de drogues sont souvent les victimes de violence physique voire de meurtre », note RSF sur sa page internet consacrée à ce pays.