Avec John Lennon: The Last Interview, présenté en Séance spéciale à Cannes, Steven Soderbergh s’inscrit dans une tradition désormais bien installée sur la Croisette : celle des grands cinéastes revisitant les mythes musicaux. Après Iggy Pop, le Velvet Underground ou Jerry Lee Lewis, c’est au tour de John Lennon d’être placé au centre d’un dispositif documentaire chargé d’émotion.
Le film revient sur le dernier entretien donné par Lennon et Yoko Ono, quelques heures avant l’assassinat du musicien devant son immeuble new-yorkais. Le matériau est déjà connu, mais Soderbergh en propose ici une traversée longue, presque funèbre, comme si chaque phrase devenait une trace.
L’intérêt du documentaire ne réside donc pas dans la révélation. Les connaisseurs des Beatles n’apprendront probablement pas grand-chose. En revanche, ils entendront autrement une parole qui, replacée dans son ultime journée, prend une dimension presque testamentaire.
Lennon parle de sa reconstruction, de Yoko Ono, de son rapport à Paul McCartney, de la paternité et de la célébrité. Il apparaît étonnamment calme. Loin du cliché de l’artiste tourmenté, il donne l’image d’un homme ayant trouvé un équilibre fragile.
C’est cette sérénité qui rend le film si cruel.
Car le spectateur ne peut jamais oublier la suite. La voix existe encore, mais elle est déjà menacée par le silence.
La réussite du documentaire tient à cette capacité à faire sentir le temps suspendu. Les archives, les photographies et les témoignages construisent un espace de mémoire délicat. Soderbergh ne cherche pas à mythifier davantage Lennon : il tente de le rapprocher.
Mais le film se heurte à une vraie question esthétique avec l’usage de l’intelligence artificielle. Les séquences animées générées numériquement divisent, et à juste titre. Elles veulent donner une forme visuelle aux souvenirs, mais elles introduisent une froideur paradoxale dans un film dont la force repose sur la chaleur d’une voix humaine.
Ce malaise est intéressant, car il dépasse le cas Lennon. Jusqu’où peut-on faire revivre une icône ? À partir de quel moment l’hommage devient-il reconstruction artificielle ?
The Last Interview reste émouvant, mais son émotion est plus forte lorsqu’il renonce aux artifices. La voix de Lennon, seule, suffit. Elle porte l’histoire, le mythe, l’amour et la tragédie.
Soderbergh signe donc un documentaire imparfait mais nécessaire, moins pour ce qu’il révèle que pour ce qu’il nous oblige à entendre : la fragilité d’une présence humaine avant sa disparition.





Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.
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