Avec Les Matins merveilleux, présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, Avril Besson signe un premier long métrage profondément attachant. Le film arrive sur la Croisette avec une modestie apparente, mais il révèle peu à peu une vraie personnalité : celle d’un cinéma de l’écoute, de la rencontre et de la tendresse.
Le récit commence par un deuil. Après la mort de sa grand-mère, Charlie quitte Paris au volant de sa Twingo pour rejoindre Cavalière, dans le sud de la France. Elle transporte avec elle des vinyles disco, héritage à remettre à un certain Titou. Ce point de départ presque absurde ouvre un road movie intime, où le voyage compte moins que les personnes rencontrées en chemin.
À Cavalière, Charlie croise Marina, serveuse trans dans une pizzeria. La ville semble endormie, presque suspendue hors saison. Cette temporalité hivernale donne au film une atmosphère particulière : tout paraît ralenti, comme si les personnages avaient enfin le droit de ne plus courir.
La mise en scène d’Avril Besson repose sur cette idée de suspension. Elle filme les silences, les hésitations, les maladresses. Son cinéma ne force jamais l’émotion. Il préfère laisser les personnages se rapprocher lentement.
Le cœur du film est bien sûr la relation entre Charlie et Marina. Mais Les Matins merveilleux ne cherche pas à fabriquer une romance spectaculaire. Il raconte plutôt une forme d’apprivoisement. Deux solitudes se reconnaissent, sans grands discours, sans promesse excessive.
Cette pudeur donne au film sa beauté.
Le regard porté sur Marina est particulièrement juste. Sa transidentité est présente, mais jamais exploitée comme ressort dramatique unique. Le film refuse de faire d’elle une figure de souffrance obligatoire. Marina peut être solaire, drôle, fragile, solitaire, heureuse aussi. Cette nuance donne au personnage une force rare.
Raya Martigny incarne Marina avec beaucoup de grâce. Elle apporte au film une douceur lumineuse, mais aussi une profondeur mélancolique. Sa présence transforme chaque scène partagée avec Charlie en moment d’équilibre instable.
India Hair, de son côté, trouve dans Charlie l’un de ces personnages qui lui correspondent parfaitement : maladroit, drôle, étrange, sensible. Elle sait faire rire sans désamorcer l’émotion. Elle donne au film son rythme intérieur.
La surprise vient aussi d’Eric Cantona, très touchant dans le rôle de Titou. Il apporte une gravité simple, presque silencieuse, au récit. Sa présence donne au film une dimension plus mélancolique, liée au souvenir, au deuil et aux amours passées.
Ce qui distingue Les Matins merveilleux, c’est son refus de la dureté gratuite. Dans un cinéma souvent tenté par l’ironie ou la noirceur, Avril Besson choisit une voie plus risquée : la bienveillance. Elle filme ses personnages comme des êtres capables de se réparer ensemble.
Le film possède toutefois quelques faiblesses. Sa narration manque parfois de tension, certains personnages secondaires auraient mérité davantage d’espace et le récit avance parfois par ellipses un peu rapides. Mais ces imperfections n’empêchent pas l’émotion d’agir.
Au contraire, elles participent presque au charme du film.
Les Matins merveilleux n’est pas un grand geste spectaculaire de cinéma. C’est une œuvre de douceur, de confiance et de regard. Un premier film qui croit encore que l’amour, l’amitié et les rencontres peuvent ouvrir des chemins inattendus.
Pour une première participation à Cannes, Avril Besson réussit surtout à imposer une sensibilité. Et c’est déjà beaucoup.










Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.
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