18 juillet 2026

JOURNAL IMPACT EUROPEAN

Journal indépendant

Histoires parallèles : Farhadi transforme le voyeurisme en expérience sensorielle

Le réalisateur Asghar Farhadi

Présenté en compétition à Cannes, Histoires parallèles explore avec élégance les frontières entre réel et imaginaire.

Avec Histoires parallèles, présenté en Compétition officielle au Festival de Cannes, Asghar Farhadi poursuit son exploration des fragilités humaines à travers un récit à la fois intime et profondément cinématographique.

Inspiré librement de Brève histoire d’amour de Krzysztof Kieślowski, le film met en scène Sylvie, une écrivaine interprétée par Isabelle Huppert, qui passe ses journées enfermée dans son appartement parisien à observer ses voisins : trois bruiteurs de cinéma joués par Pierre Niney, Virginie Efira et Vincent Cassel.

Mais derrière cette intrigue de voyeurisme se cache une réflexion beaucoup plus vaste sur la fabrication du réel. Farhadi fait des bruiteurs le cœur symbolique du film : ceux qui créent artificiellement les sons de la réalité deviennent eux-mêmes objets d’observation et de fiction.

Le film avance ainsi constamment entre deux dimensions : ce qui est vécu et ce qui est imaginé. Les frontières deviennent volontairement poreuses. Le spectateur lui-même finit par douter de ce qu’il regarde réellement.

Cette construction complexe reste pourtant étonnamment fluide grâce à la mise en scène extrêmement maîtrisée du réalisateur iranien. Les scènes réalistes, filmées caméra à l’épaule, contrastent avec les séquences plus fantasmées inspirées de l’univers de Kieślowski.

Isabelle Huppert domine le film par sa présence magnétique. Son personnage, souvent silencieux, semble exister dans un espace flottant entre création artistique et solitude mentale.

Virginie Efira apporte une chaleur plus émotionnelle, tandis que Adam Bessa incarne un personnage mystérieux qui absorbe progressivement l’univers de Sylvie.

Le son joue un rôle fondamental dans le film. Farhadi rappelle d’ailleurs que le son au cinéma participe souvent davantage à la sensation du réel que l’image elle-même. Cette idée traverse tout le récit.

Histoires parallèles séduit aussi par sa capacité à éviter le psychologisme explicatif. Les personnages restent volontairement insaisissables. Les émotions naissent des regards, des silences et des sensations plus que des dialogues.

Visuellement élégant, intellectuellement stimulant et émotionnellement troublant, le film s’impose comme l’une des propositions les plus sophistiquées de cette compétition cannoise.

Avec cette œuvre sensorielle et hypnotique, Asghar Farhadi confirme une nouvelle fois sa place parmi les grands auteurs du cinéma contemporain.

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