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L’occupation du théâtre de l’Odéon continue

Depuis le 4 mars 2021, comédiens et intermittents occupent le théâtre de l’Odéon malgré les aides annoncées par Roselyne Bachelot.

La culture est en sommeil depuis le début de la pandémie. Théâtres, cinémas et lieux de divertissements n’accueillent plus de spectateurs. Malgré les captations, les enregistrement et les répétitions qui continuent, les artistes ne voient pas le bout du tunnel.

Le mouvement a commencé à la Philharmonie, sous la houlette de la CGT avec une cinquantaine de comédiens, musiciens et techniciens. Sans résultats apparents, les occupants n’ont pas insisté. Ils choisirent alors d’occuper l’Odéon. Le mouvement a fait ensuite tâche d’huile dans divers théâtres parisiens et en province.

Histoire du théâtre de l’Odéon

En avril 1782, la reine Marie-Antoinette inaugure le « Théâtre Français » (l’Odéon). Il abrite la troupe de la Comédie Française.

La première représentation de « La Folle Journée ou le Mariage de Figaro » de Beaumarchais a lieu au « théâtre Français » en avril 1784.

Il est situé  place de l’Odéon, près du jardin et du palais du Luxembourg (75006) à Paris.  Ce théâtre  « à l’italienne » a une scène de forme cubique et une salle en demi-cercle de style néo-classique.

Le théâtre changera de nom en 1796 pour devenir « Théâtre des Nations » puis « Théâtre de l’Egalité » et enfin « L’Odéon ». Certains comédiens ont fuit, d’autres arrêtés.

Un incendie détruit le bâtiment en 1799 puis une seconde fois en 1818. Louis XVIII le fait reconstruire le théâtre sous le nom de « Second Théâtre Français ». Il deviendra le siège de l’insurrection de la jeunesse pendant la Révolution de Juillet 1830. Lors du Siège de Paris en 1870 on y installe un hôpital militaire de fortune !

L’Odéon au XXème siècle

Lors de la seconde guerre mondiale, le théâtre reçoit des éclats d’obus. Après rénovation,  la « Salle Luxembourg » (nom de l’époque) est la seconde scène de la Comédie Française. Sous l’administration de la rue Richelieu, elle accueille les pièces de nombreux auteurs (Cocteau, Courteline, Feydeau ou encore Rostand…). En 1947, classé monument historique

Le général de Gaulle inaugure en 1959 le « Théâtre de l’Odéon », qui devient le théâtre officiel de la Cinquième République. Jean- Louis Barrault en est le directeur jusqu’en 1968.

En 1968, on percevait l’Odéon comme le théâtre du ministre de la Culture André Malraux,. Transformé en agora,  Jean-Louis Barrault accueille les étudiants bien qu’il ne soit plus le directeur mais simple acteur. Le théâtre de l’Odéon est au centre des mouvements estudiantins qui veulent rendre la culture à tous (tes).  Afin d’éviter un incendie du au grand nombre d’occupants, les grévistes décident de baisser le rideau de fer pour empêcher le nombre de personnes à l’intérieur de croître.

L’Odéon est depuis septembre 1971 un des 5 théâtres nationaux . Les autres sont la Comédie Française, le théâtre de la Colline, le Théâtre, le Théâtre de Chaillot et le Théâtre de Strasbourg.

Depuis 1990, l’Odéon se nomme  « Odéon–Théâtre de l’Europe ». Par décret, il ne dépend plus de la Comédie Française.

L’Odéon et la pandémie

Entre 2002 et 2006, le théâtre subit des travaux de rénovation afin d’accueillir et co-produire des spectacles de metteurs en scène européens. Stéphane Braunschweig  est le directeur actuel depuis  janvier 2016 (renouvelé en janvier 2021).

Suite aux fermetures successives durant la pandémie depuis mars 2020, le secteur culturel est en proie aux difficultés. L’avenir est sombre, toutefois les répétitions sont autorisées. Ne sachant pas ce que l’avenir leur réserve, une cinquantaine d artistes ont décidé d’occuper une partie du théâtre depuis le 4 mars dernier. En quelques jours, les militants les plus engagés ont tenu le piquet de grève, se relayant jour et nuit, tous les 2 ou 3 jours.

« On a choisi ce théâtre parce que c’est un théâtre public. C’est un lieu symbolique aussi parce qu’il avait déjà été occupé « , expliquait la coordination des intermittents et précaires.

Les revendications

  • Abrogation de la réforme d’assurance chômage ;
  • Prolongation de « l’ année blanche »  et son élargissement à tous les travailleur·euse·s précaires ( allongement des indemnisations jusqu’en août 2021 pour les intermittents en fin droits entre le 1er mars et le 31 août 2021)
  • Baisse immédiate du seuil d’accès à l’indemnisation chômage pour les primo-entrant·e·s et intermittent·e·s en rupture de droits
  • Garantie de tous les droits sociaux notamment congés maternité et maladie pour les salarié·e·s à l’emploi discontinu et les artistes auteurs
  • Plan massif de soutien à l’emploi et de reprise de l’activité
  • Soutien aux caisses sociales spécifiques du spectacle dont l’existence est menacée par la baisse de cotisation
  • L’accès garanti au fonds de solidarité pour les artistes auteurs
  • Des mesures d’accompagnement adéquates pour les enseignants artistiques dans l’exercice de leur métier
  • Plan d’action d’urgence en faveur des étudiants pour faire face à la précarité
  • Réouverture des lieux culturels dans le respect des consignes sanitaires.
  • Réunion du Conseil national des professions du spectacle, sous l’égide du premier ministre, Jean Castex.

Un mouvement national

Petit à petit, le mouvement fait tâche d’huile dans toute la métropole et même en Outre-Mer.  A Lille, Limoges, Rennes, Saint-Étienne, Lyon…, opéras et lieux culturels divers rejoignent le mouvement. Le  mot d’ordre est: « Il faut rouvrir les lieux d’une culture qui se meure ». Les actions s’organisent et d’autres métiers touchés par les fermetures se joignent à ceux de la culture. Les coordinations des intermittents de Pau et Châteauroux ont rejoint le mouvement. A la direction des théâtres, responsabilités et solidarité aident à une certaine bienveillance.

A l’annonce du 3ème confinement,  étudiants d’art et intermittents occupaient près de 67 lieux de culture. Les chômeurs viennent rencontrer les étudiants et les intermittents  sur les lieux transformés en places culturelles et politiques.

Malgré les 20 millions d’euros d’aides supplémentaires annoncées par Roselyne Bachelot, les syndicats estimes que « ce ne sont que des miettes »

A l’Odéon, une partie des équipes travaille (techniciens, artistes dont Christophe Honoré et ses acteurs pour répéter « Le Ciel de Nantes ». Dehors, on observe une ambiance bon- enfant entre prises de paroles, musiciens ou jeunes des écoles qui font quelques esquisses.

A  la tribune, l’humoriste Christophe Alévêque a proposé de venir jouer son spectacle dans la rue. Un sénateur Europe Ecologie-Les Verts a attaqué  les faux-fuyants du gouvernement. Un délégué de la CGT a cité Laurent Berger,  secrétaire général de la CFDT.

Des manifestations dans toute la France

La CGT-Spectacle a appelé à manifester à Paris de la place de la République à la Madeleine, le 4 mars.  D’autres rassemblements ont eu lieu à Marseille, Bordeaux, Nice, Poitiers ou encore Strasbourg. Le tout dans une ambiance bon enfant avec des acteurs, des chanteurs, des musiciens et des fanfares. Toutes les catégories étaient présentes, des techniciens aux comédiens, musiciens et circassiens, en passant par les élèves des écoles de théâtre.

Le 26 mars, le cortège parisien est parti du Palais Royal jusqu’au Sénat. Une délégation a demandé audience à un groupe de sénateurs puis une assemblée générale s’est tenue au Théâtre national de l’Odéon.

Le 2 avril, un rassemblement revendicatif a eu lieu place de l’Hôtel de Ville à Paris (75004). D’autres événements sont prévus dans un proche avenir. Ils servent à attirer l’attention du public sur les problèmes que rencontre le monde de la culture et du spectacle.